Et Dieu prit son stylo-plume et une feuille de papier brouillon et dit tout haut ce qu’il pensait tout bas tout en griffonnant : « Voilà, en haut un arc de cercle, c’est le ciel, en bas, un peu au-dessous un trait horizontal qui est en fait un des quatre côtés d’un carré représentant la terre, je simplifie, et entre les deux un trait vertical qui touche le trait horizontal et la courbe du haut symbolisant le ciel*. Bien sûr, je pourrais rajouter des détails mais en fait ça compliquerait le croquis et c’est déjà assez compliqué comme ça sans avoir à en rajouter. De toutes façons, le reste n’est qu’accessoires de mise en scène et ne soulage pas vraiment la comédie dramatique qui sera jouée là.
Voila, c’est tracé ! Ce trait vertical c’est l’homme ; son but va être de faire le pont entre la terre et le ciel, ça c’est vraiment tout une histoire. Pour commencer je vais inventer le Temps, ce sera comme au ciné, les actions se dérouleront sur le fil du temps, voilà, je trace le fil que je découpe par le dessin en tronçons d’ères, je laisse à l’homme le soin d’effectuer des graduations plus adaptées à sa mesure s’il le souhaite, entre nous ça n’a pas grande importance, mais bon je ne suis pas à sa place, alors ?!… et puis je vais inventer la Mort, ça c’est une grande invention, c’est une œuvre à part entière, cela aura l’avantage pour l’homme de lui rappeler qu’il n’est pas immortel comme moi, au cas où il lui prendrait des velléités de l’oublier, et qu’il peut se refaire une fois qu’il s’est raté sur le temps d’une vie, un péché est si vite commis et c’est si difficilement rattrapable, comme ça le jour où il lui faudra reprendre du service de vie, il sera tout neuf, enfin presque, mais il lui sera tout de même accordé une chance ! Voilà déjà une scène qui se prend forme et bonne allure ! Voyons donc maintenant, cela oui, il va lui falloir vivre et mourir et pour que je ne sois pas là tout le temps derrière, je vais lui donner la possibilité de se refaire, ça c’est géant, c’est une idée de merveille, je vais créer le Désir, ça j’avoue, c’est beau mais c’est pas vraiment un cadeau, mais en fait comment faire autrement ? Il lui faut une base naturelle bien solide et porteuse, et comme il est important que cette même base se garde une mémoire, il n’est guère d’autre solution jouable, je ne peux pas prendre tout sur moi, donc acte ! Pourtant si j’en reste là, il ne va penser qu’à ça, et moi là-dedans, je reste toujours à l’écart et c’est pas demain la veille que j’appartiendrai de près ou de loin à ce monde de merveilles. A quoi me sert-il d’inventer un monde si je n’y puis participer, je vous le demande ?… donc re-acte, je vais créer l’âme, avec son petit chapeau (français) pour symboliser un toit, elle sera ainsi toujours abritée, ça c’est une trouvaille ! L’âme va essayer d’être le pont entre la Nature et Moi-même, autant dire tout de suite qu’elle est une partie de mon être, ça facilitera la compréhension. Pourtant, je ne m’y glisserai pas, on va dire que c’est un peu abstrait, subtil, voire pour les philosophes subjectif, tant pis pour eux, ils n’y reviendront pas à deux fois, à chacun son travail. Donc elle sera cette part d’aspiration, comme une mémoire de Moi en quelque part qui se voudra me retrouver, en somme c’est normal puisque je suis son créateur direct et immédiat. Elle n’aura de cesse que de tirer ce trait vertical vers le haut, là où je serai en principe, symbolique, en fait je serai tout autant en bas, mais là comme c’est très lourd et très opaque, il y a peu de chance qu’ils pensent m’y trouver voire même m’y chercher, en tout cas ce sera pas de sitôt ! Mais sait-on jamais, j’ai suffisamment découpé le temps en rondelles pour que cela se puisse un jour arriver, attendons et nous verrons ! En fait à réflexion, si la tension est trop forte en haut, il ne va pas travailler le bas et il va venir me retrouver sans avoir fait tout le travail, par contre si la tension est trop forte en bas, il va stagner et se vautrer dans le luxe pour ne pas aller plus loin dans l’imagination, car en fait ça ne mène nulle part sinon un peu plus loin… au même point, l’idéal serait qu’il se puisse vivre une expérience forte, ce serait bien si la force d’en bas était aussi forte que celle d’en haut, ça créerait un état de questionnement et d’étirement perpétuel, ce qui entre autre, sans vouloir me vanter, justifie totalement et pleinement la création du mental, ce qui me confirme dans mon rôle de créateur potentat et cela aurait l’avantage que ce passage éphémère se puisse être réellement une réussite et un accomplissement s’il se pouvait infirmer le plein trait “reliance’’ Terre-Ciel ; en fait c’est un secret de polichinelle, le but est bien évidemment là ! Maintenant je me dois d’être sincère et tout de même quelque peu détaché et lui laisser trouver la réponse à question, c’est seulement ainsi que nous pourrons être à même de nous reconnaître mutuellement, il n’y a pas de secret.
Et puis maintenant les accessoires, les compagnons du chemin et des temps, la nuit, le jour, les étoiles, les saisons et les champignons et tout et tout, ça fait joli et ça vivra ainsi un peu comme l’homme mais avec tout de même un peu moins de conscience, ça lui fera miroir, “réflections’’ et … réflexions. Quelques pincées de sel de la vie, un bon mental bien huilé qui donnera toute l’illusion de la Vérité et maintenant mon bonhomme, va, fais ta vie, reproduis-toi, que je n’ai plus de souci de ce côté là et trouve la solution à ton problème, Moi je me lave les mains et t’attends au tournant, j’ai tout mon temps ! »

*Ce croquis et cette traduction tirée des ‘agendas de Dieu’ dont nous vous présentons ici une copie ont été retrouvés dans la corbeille à papier de Dieu.
Nous souhaitons lors de la traduction avoir respecté le sens original du texte malgré la faiblesse d’un mental paresseux, il nous faut bien l’avouer.
C’est bien sûr un agent des bureaux du contre-espionnage du Diable
qui nous les a transmis, certifiés conformes et originels.

 
   
 
 

Jeudi 20 décembre 01, Samâdhi AM

Le Seigneur nous a gratifiés d’une âme en quête et d’une Nature encore bien humide des désirs de terre. De cette pâte de brume-chrysalide se sont esquissés barreaux d’échelle aux teintes dégradées de la terre au ciel. Nous faisons apprentissage et connaissance sur le chant tonal OM du temps de la nature de cet air-chanson de vie que nous vivons et exprimons. De ce vague son encore confus et informe de notre Ignorance, s’élabore, s’établit, se modèle, se moule le corps dense d’une harmonie plus subtile et concrète, véritable chant vertébral de sève-désir qui se prend source origine branches et racines de Vie. Le corps plain-chant de cet air déjà connu d’antan s’enhardit des montées-aigle soudaines de l’esprit pour replonger en les profondeurs-vrilles des abysses des pouvoirs de terre, origines feux lourds et brûlants de la vie.
Sur cette portée-partition, gamme se réjouit et se cherche espace-corps unique d’expression de désir. Tension d’âme, tension de Nature, nous oscillons et bâtissons Tonale OM singulière, le chant encore incertain et timide de notre présent-singulier manifesté. Il est cette note harmonique que nous manifestons, cette résultante de nos luttes et tensions, cette déchirure encore d’une paille en fonte fragile. Vaisseau incertain sur le flux du Temps, nous grinçons pleine membrure fausse note déferlante dysharmonique en quête d’une unité non encore établie. Il est un temps-nécessité, il est un temps de destinée, il est un temps décidé de se poser sur le socle-base-statuaire d’une masse tonale basse gravité pour fonder de sécurité quête ascension-soleil et accrocher à notre chanson les notes dorées enlumines.
Sur le miel-bourdon installé, s’“enléger’’ d’or subtil des notes-soleil et de cette fécondation, unifier et “plénifier’’ le son, laissant voix-anges harmoniques vibrer de vie les corps animés.
Echelle graduée se dessine plein corps de Terre circonscrite de Ciel en le brouillard secret de notre éternité. Nous vibrons aux lois des harmoniques de Dieu, chansons de terre, chants de ciel, en la résultante de notre sensibilité de l’instant. Notre être se prend à rêver et se pose reconnaissance et se sait confiance de s’engager plain-chant en le corps sacré de son unité retrouvée.

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Jeudi 20 décembre 01, Samâdhi PM

 
           
           
         
           
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